De temps en temps, j’aime bien participer à des concours d’écriture. C’est un excellent moyen d’aiguiser ma plume tout en ayant du plaisir en même temps.

En décembre 2011, le site internet Zone d’écriture de Radio Canada a organisé le défi « Souvenirs d’hiver » (petit concours littéraire). Nous devions raconter une histoire vraie, touchante ou amusante, insolite ou banale, sur nous et l’hiver. La longueur du texte devait être entre 400 et 500 mots seulement. J’ai tenté ma chance en participant au concours, mais je n’ai pas vraiment suivi les règlements… J’ai effectivement écrit une nouvelle à propos de l’hiver… mais je me suis plutôt mis dans la peau d’un personnage pour le moins inusité et je me suis imaginé ce que celui-ci avait à dire à propos de l’hiver! À vous de découvrir le résultat de cette petite expérience. Bonne lecture!

MON GRAND FRÈRE

par  Martin Dugas

Je le boude. À cause de ce qu’il m’a fait l’année dernière. Ce n’était pas encore son tour et pourtant, mon grand frère m’a bousculé et a pris ma place.

Furieux, j’ai laissé tomber mes pinceaux et je suis parti. Sans lui dire un seul mot.

Mais pour qui se prenait-il tout à coup? Se pointer hâtivement, juste comme ça, sans aucun avertissement. Ce n’était vraiment pas selon ses habitudes. Je vous assure, je ne l’ai pas vu venir. Je parie que vous non plus.

Aussitôt arrivé, il vous a tous glacé les os. En un clin d’œil il vous a enveloppés avec son gros manteau blanc. Ensuite, il a mis le paquet. Il y est allé avec son arsenal de mauvais tours : tempête de neige, poudrerie et glace noire. Il vous a bien eu hein? Vos pelles n’étaient même pas sorties. Vos souffleuses à neige n’étaient pas prêtes. Plusieurs d’entre vous aviez encore vos souliers aux pieds! Vous ne méritiez pas ça. À tout le moins, pas avant que mon tour ne soit bel et bien terminé. Du creux de ma cachette, j’ai entendu vos profonds soupirs.

Vous savez, quand nous étions tout petits, maman Nature nous disait toujours:

— Pas de chicane les enfants, chacun son tour!

Évidemment, nous voulions tous être le premier. Mais maman nous a fait promettre de toujours suivre l’ordre. Printemps, le plus jeune, est le premier. Son sommeil est lourd; il se réveille toujours en retard. Ensuite c’est Été, sans doute le plus aimé de tous. Moi, je suis le troisième, l’artiste. Puis, Hiver est celui qui ferme la boucle. Ce n’est pas juste. Il a beau être le plus fort de nous quatre, on aimerait tant que son tour ne dure pas aussi longtemps!

Quand je pense à l’année dernière, j’en suis encore en rogne! Mes milliers de minuscules tableaux, ornés de mes plus beaux coloris, encore accrochés aux gros chevalets. Je n’ai même pas eu le temps de souffler dessus et de les faire virevolter dans le vent! Mon merveilleux spectacle a été annulé à cause de mon grand frère qui a monopolisé la scène avec ses maudites pirouettes météorologiques!

J’en suis encore frustré. Déjà que mon tour ne dure jamais assez longtemps, Hiver devrait s’abstenir de l’écourter davantage. Il choque tous mes admirateurs lorsqu’il agit ainsi.

Je sais, je râle. Même si mon grand frère Hiver a parfois un sale caractère, je l’aime quand même vous savez. Surprendre tout le monde, il adore ça. C’est plus fort que lui, il ne faut pas lui en vouloir.

Pour se faire pardonner, il m’a promis qu’il se pointerait tardivement et qu’il serait doux cette année.

© 2012 Martin Dugas